Nous réaffirmons notre conviction qu'une campagne efficace de lutte
contre la corruption exige l'entière participation de tous les
secteurs de la société, particulièrement celle de la société civile,
et, avec elle, celle du secteur privé. Nous croyons fermement qu'aucun
gouvernement ne peut espérer mener cette lutte contre la corruption
sans le soutien actif et la participation de des citoyens. Quant à
nous, nous considérons qu'il est de notre devoir fondamental de
combattre la corruption efficacement quand elle se présente et
lorsqu'elle se présente.
Nous rencontrant ici pour la première fois sur le continent Africain,
nous avons été touchés par les interventions de nos collègues
Africains, alors qu'ils nous faisaient part de leurs perceptions d'un
malaise qu'ils ont en commun avec toutes les régions du monde. Nous
partageons leur conviction que l'Afrique du Sud et le Nigéria ont un
rôle de premier plan à jouer dans la lutte du continent.
Nous avons été honorés que Son Excellence Thabo Mbeki, Président de la
République d'Afrique du Sud, inaugure cette conférence en soulignant
dans un discours stimulant les dimensions du défi auquel nous sommes
confrontés. Il a rappelé la remarque de George Soros, selon laquelle :
« Rien ne va plus quand on fait de la loi du plus fort le principe
directeur d'une société civilisée ...» Comme l'a dit le Président
Mbeki, notre tâche n'est pas moins que d'assurer que « des Etats
légitimes et démocratiques (...) développent des normes sociales qui
militent contre un individualisme anti-social et perverti ... »
Nous avons aussi eu l'honneur d'entendre parler des personnalités de
tous les secteurs des sphères publiques et privées, parmi lesquelles
S.E. Festus Mogae, Président du Botswana, James Wolfensohn, Président
de la Banque Mondiale, Mustafa Kamal, Président de la Cour Suprême du
Bangladesh, Mark Malloch-Brown, Administrateur Général du PNUD, Ronald
K. Noble, futur Secrétaire-Général d'Interpol et Robert Wilson, PDG de
Rio Tinto plc. Le Secrétaire Général des Nations Unies, Kofi Annan et
le Vice-Président des Etats Unis Al Gore (qui avait convié à
Washington en Février dernier une conférence internationale de lutte
contre la corruption) nous ont adressé des messages d'encouragement et
de soutien. Le discours de Wangari Maathai du « Greenbelt Movement » a
été une source d'inspiration.
L'Honorable Penuell Maduna, Ministre de la Justice de la République
d'Afrique du Sud, a présidé avec talent nos délibérations alors que
notre président de la conférence et S.E. Joseph Zuma, Vice-Président
de la République d'Afrique du Sud ont clos les débats. La liste
complète des intervenants des séances plénières est annexé au présent
document.
Nous avons observé une minute de silence pour manifester notre respect
à l'égard de Mwalimu Julius Nyerere, ancien Président de Tanzanie, qui
espérait pouvoir se joindre à nous mais qui est décédé pendant nos
délibérations. Nous regrettons tous la perte d'un des grands leaders
de l'indépendance de la plus haute intégrité.
Il s'agissait pour nous d'une réunion de travail. Au cours de la
semaine qui s'est écoulée, nous avons participé à quelques 41
ateliers. Chacun de ces ateliers portait sur les mesures pratiques à
prendre contre la corruption dans des domaines aussi variés que le
blanchiment d'argent, la passation des marchés publics, l'éducation,
l'éthique du mondes des affaires et du secteur public, la
sensibilisation du public par l'intermédiaire des arts. Chacun
d'entre eux a identifié les étapes concrètes qui peuvent et doivent
être franchies au fur et à mesure que notre campagne progresse. Elles
seront largement diffusées aux groupes visés seront accessibles sur le
site Internet de Transparency International
(www.transparency.org).
Nous soutiendrons et suivrons soigneusement les progrès réalisés et en
ferons le rapport complet lors de la Xème Conférence Internationale de
Lutte contre la Corruption en l'an 2001.
Nous nous sommes répété à maintes reprises que la lutte contre la
corruption n'est pas seulement la responsabilité des autorités
judiciaires, pas même une tâche qui est principalement la leur. Chaque
poursuite judiciaire, chaque acte de corruption, constitue un échec
sur le plan personnel, social et organisationnel des systèmes conçus
pour prévenir ces comportements. Nous nous sommes également répété que
« la main qui donne » est au moins aussi coupable que « la main qui
reçoit ». La corruption croît chaque fois que nous échouons à en
recouvrer les profits illicites.
Bien que nous devions agir au niveau international, la lutte pour
contenir la corruption à l'échelle nationale demeure un combat interne
qui doit être initié de l'intérieur. Les acteurs extérieurs, dont les
bailleurs de fonds, peuvent accompagner cette démarche. Mais celle-ci
ne peut avoir de succès que si elle est conçue, menée et appropriée à
l'échelon national.
Dans ce contexte, nous avons réalisé une fois de plus la nature
globale de notre entreprise. Nul ne travaille seul, nous devons tous
travailler ensemble et nous soutenir si nous souhaitons accomplir
notre tâche.
Au cours de notre réflexion commune, nous avons fait le point sur les
réalisations de la coalition que nous avons constituée en 1997, à
Lima, au Pérou.
Nos réalisations sont nombreuses mais il reste encore beaucoup à
faire. La lutte contre la corruption doit en particulier être
institutionnalisée dans la société civile dans son ensemble, ainsi que
la transparence, la responsabilité et l'intégrité au sein des
organisations locales et internationales.
Sur le plan international, la convention de l'OCDE contre la
corruption des agents publics étrangers a été l'un des succès les plus
remarquables. Nous devons maintenant l'élargir et la rendre pleinement
efficace. C'est d'ailleurs avec plaisir que nous appris que l'Afrique
du Sud a l'intention d'y adhérer. Il faut noter également les actions
entreprises par les pays en voie de développement alors qu'ils
renforcent leur capacité de coopérer contre la corruption ; les
progrès dans le cadre des conventions du Conseil de l'Europe ; le
soutien croissant que nous accordent les agences internationales,
dont les actions entreprises au sein de l'Organisation Mondiale du
Commerce ; les initiatives de la Chambre de Commerce International
pour promouvoir des mesures contre la corruption. Plus
particulièrement, les banques multilatérales de développement
commencent à dénoncer les entreprises corrompues et les exclure des
appels d'offres dans le cadre des projets qu'elles financent et les
associations professionnelles s'intéressent de plus en plus à cette
question.
Sur les plans national et local, le nombre des médiateurs a
considérablement augmenté ; les pays exportateurs renoncent peu à peu
au principe de déductibilité fiscale des pots -de-vin payés à
l'étranger et pénalisent ces pratiques. Un nombre croissant de pays a
commencé à concevoir et à mettre en oeuvre les stratégies globales de
lutte contre la corruption que nous recommandons. Les témoins et les
plaignants impliqués dans des cas de corruption jouissent d'une
protection accrue et le nombre de codes de conduite et de chartes des
citoyens ne cesse d'augmenter.
Nous n'avons fait que des progrès. Dans certains pays, le mouvement
contre la corruption a été minimal, parfois même négatif. Les
journalistes en particulier continuent d'être exposés à des risques
inadmissibles dans l'exercice légitime de leur profession. Bien
qu'encouragés par les progrès accomplis, nous reconnaissons cependant
que la Déclaration de Lima demeure encore notre outil de travail. Nous
renouvelons également notre espoir de voir dans un avenir proche les
Nations Unies proclamer une Journée Internationale de l'Intégrité.
Dans ce contexte et à l'aube du nouveau millénaire, NOUS NOUS
ENGAGEONS SOLENNELLEMENT aux actions suivantes :
Volonté politique
Nous nous engageons à travailler avec toutes les
parties prenantes pour promouvoir une volonté politique sincère de
combattre la corruption par des méthodes qui engagent l'ensemble de la
société. Convaincus du rôle crucial que doit jouer la société civile
dans ce processus, nous nous félicitons de l'annonce du PNUD de
soutenir la création du Fonds de Partenariat, une initiative de
Transparency International qui vise à donner à la société civile les
moyens de participer dans ces démarches.
Innovations et émergence de pratiques exemplaires
Nous nous engageons à développer, identifier et disséminer des pratiques exemplaires
nouvelles, novatrices et efficaces dans la prévention et la détection
de la corruption, comme les processus transparents d'appels d'offres
présentés par le Maire de Séoul. Nous développerons des sites Internet
et des réseaux d'information dans ce but.
Coopération Internationale et régionale
Nous nous engageons à optimiser de manière concrète la coopération régionale et
internationale, en renforçant les dispositions d'entraide judiciaire
et en encourageant l'élaboration de conventions de lutte contre la
corruption dans les régions d'Afrique et d'Asie. Nous souhaitons voir
la lutte contre la corruption portée à l'ordre du jour des organismes
de commerce international majeurs, tels que l'OMC et la CNUCED. De
surcroît, nous travaillerons pour réaliser l'application complète de
la Convention de l'OCDE contre la corruption d'agents publics
étrangers et les conventions du Conseil de l'Europe et de
l'Organisation des Etats d'Amérique (OEA) afin que les efforts
nationaux soient soutenus par des sanctions. Nous soutiendrons des
actions au niveau des Nations Unies pour encourager la pénalisation de
toutes les formes de corruption et nous élargirons la prise de
conscience de la nécessité de s'attaquer à la fois l'offre et à la
demande en matière de corruption.
Nous nous réjouissons du Deuxième Forum Mondial de la Lutte contre la
Corruption et du Maintien de l'Intégrité dans les services de Justice
et de Sécurité qui se tiendra à La Haye en 2001. Il s'agit d'un forum
gouvernemental qui peut exercer une surveillance critique de
l'application des dispositions des conventions par les différents
gouvernements nationaux. Ce forum peut à la fois renforcer notre
action et être renforcé lui-même par notre travail au sein de la
coalition de l'IACC.
Transparence des marchés publics
Nous nous engageons à poursuivre
notre travail pour augmenter la transparence dans tous les domaines,
particulièrement celui des marchés publics et à créer des partenariats
entre les secteurs public et privé pour développer des systèmes
fiables, ouverts et compétitifs, y compris des appels d'offres ouverts
sur l'Internet. Au niveau international, nous sommes impatients de
voir l'OMC, entre autres, jouer un rôle clé, en particulier dans la
conclusion d'une entente sur la transparence des marchés publics au
sommet des ministres de Seattle qui aura lieu en Novembre prochain.
Intégrité au sein du secteur privé
Nous nous engageons à élaborer des normes d'éthique pour le secteur privé, qui fourniront un moyen de
démontrer, de manière indépendante et vérifiable, l'engagement
individuel des entreprises privées en matière d'intégrité.
Ethique au sein de la société
Puisque toute campagne efficace de lutte contre la corruption exige la pleine participation de tous les
secteurs de la société, notamment de la société civile, du secteur
privé et du secteur public, nous nous engageons à travailler pour
élever les normes d'éthique au sein des ONG, dans le monde des
affaires, dans le secteur public et dans nos sociétés en général.
L'argent et la politique
Nous nous engageons à soutenir l'élaboration de méthodes nouvelles pour limiter l'influence corruptrice de l'argent
sur plusieurs de nos processus démocratiques, en mettant l'accent sur
la réduction des dépenses électorales et la diminution des coûts.
L'art contre la corruption
Nous nous engageons à encourager nos artistes et utiliser leur talent
pour disséminer des messages de sensibilisation à une large
communauté, en mettant l'accent sur l'élévation des niveaux
d'éthique dans toutes les couches de la
société et, plus particulièrement, en permettant aux populations
marginalisées dans les zones rurales ou urbaines de reconnaître et
d'agir contre la corruption dont elles sont victimes.
Protection des témoins
Nous nous engageons à encourager la création
d'institutions, de lois et de pratiques qui garantissent que tout
citoyen responsable peut signaler des cas de corruption, où qu'ils se
produisent, sans peur des représailles, et qui font en sorte que les
médias puissent pleinement jouer leur rôle en demandant des comptes
aux individus et institutions impliqués.
Indépendance des agences de lutte contre la corruption
Application de la loi
Nous nous engageons à soutenir les institutions chargées de
contrer la corruption dans nos sociétés pour assurer que leur
indépendance soit respectée par tous et qu'elles disposent des
ressources nécessaires. Nous travaillerons à ce qu'elles puissent
rendre des comptes à l'abri de toute interférence politique.
Recours au droit civil pour recouvrir les gains illicites
Nous nous engageons à encourager l'élaboration d'instruments de
droit civil pour permettre d'identifier et de recouvrer les gains de la corruption de
manière plus efficace que ne le permet le droit pénal en raison de ses
exigences quant à l'établissement de la preuve. Nous continuerons à
explorer les moyens constitutionnels de rendre la loi pénale plus
efficace là où la preuve d'actes de corruption est plus difficile à
apporter.
Initiatives sectorielles
Nous nous engageons à encourager des initiatives de lutte contre la corruption au sein de secteurs
particulièrement vulnérables comme l'éducation, les services sociaux,
la santé, la construction, l'industrie minière, et à encourager les
décideurs, au sein de ces secteurs, à développer et mette en oeuvre
leurs propres stratégies en collaboration avec leurs partenaires
concernés.
Secteur bancaire
Nous nous engageons à encourager le secteur bancaire
et d'autres à générer des solutions (y compris des contraintes
internationales) qui permettent d'enregistrer les transactions de
manière efficace et de réduire les pratiques de blanchiment de
l'argent afin de permettre la restitution aux pays en voie de
développement des sommes pillées par leurs dirigeants. Nous
considérons qu'il est inadmissible que ces sommes soient investies
dans des institutions du monde industrialisé au profit de quelques
individus corrompus alors que les propriétaires légitimes de cet
argent en ont un besoin désespéré pour le bénéfice de tous.
Système Judiciaire et Etat de droit
Nous nous engageons à concevoir des stratégies capables de
restaurer l'intégrité du système judiciaire
par des moyens qui le tiennent responsable sans toutefois compromettre
son indépendance fondamentale.
Douanes et Police
Nous nous engageons à établir et renforcer les
actions communes avec l'administration des douanes pour contrôler la
corruption et générer les revenus essentiels à la bonne gouvernance et
à l'augmentation des salaires dans le secteur public, qui s'impose
dans plusieurs pays. Nous établirons aussi des coalitions locales pour
soutenir les commissaires de police favorables aux réformes et assurer
à leurs efforts le soutien du public.
Annulation de la dette et Jubilee 2000
Nous nous engageons à soutenir l'annulation de la dette telle que le propose
Jubilee 2000, en soulignant la nécessité de faire en sorte que les
bénéfices aillent aux plus démunis et non aux élites corrompues.
Evaluation de l'efficacité des réformes
Nous nous engageons à
continuer à perfectionner nos méthodes pour analyser la nature et
l'étendue de la corruption et mesurer l'efficacité des réformes.
En conclusion, nous tenons à exprimer à nos hôtes notre gratitude pour
la chaleur de leur accueil, en particulier l'Honorable Penuell Maduna,
le Gouvernement de la République d'Afrique du Sud et son peuple, ainsi
que pour l'excellence de l'organisation menée par le coordonnateur de
la conférence, Dr Danny Titus. Nous remercions également le Conseil de
la Conférence Internationale de Lutte contre la Corruption, son
secrétariat, Transparency International, TI-South Africa et son comité
organisateur. L'organisatrice de la Conférence, Mme Mélanie Campbell
et son équipe compétente ont mérité notre admiration pour la gestion
d'un événement de cet envergure.
Notre lutte sera longue, ardue et constante. Les corrompus parmi nous
essaieront toujours de pervertir le bien-être de nos sociétés et de
nos institutions. Notre engagement durera aussi longtemps que cela
sera nécessaire.
Nous nous réjouissons de vous revoir à Prague dans deux ans pour
mesurer les progrès accomplis et planifier l'avenir.
Phambili Nokulwa Nenkohlakalo ! (Zoulou : En avant la lutte contre la
corruption) ! A Luta Continua (Portuguese : La lutte continue !)
Together, we can, we shall overcome ! (Ensemble, nous y arriverons !)
Durban
South Africa
15 Octobre 1999