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The 9th International Anti-Corruption Conference
The Papers
L'importance De La Cooperation Regionale Dans Les Efforts De
Lutte Contre La Corruption
Mahamdou Magassouba
CONTEXTE
On ne le dira jamais assez : la corruption a été et reste un
phénomène de toutes les époques et de tous les régimes; c'est l'un des
types de comportement les plus répréhensibles, et en même temps les
plus répandus qui entrave la bonne marche des services publics et
favorise le gaspillage des ressources publiques annihilant ainsi tout
effort de développement.
Aujourd'hui, les circonstances historiques et géographiques ont
considérablement modifié la sensibilité des populations à l'égard
d'une telle pratique.
Cependant, les citoyens n'ont pas toujours les mêmes réactions face à
l'ampleur du fléau. Une telle variabilité dans les attitudes peut
s'expliquer en partie par le fait que d'un pays à l'autre, faute d'une
approche commune sur la nature de la gravité du fait de corruption,
les Gouvernements ont différemment légiféré en la matière. C'est
pourquoi des comportements considérés comme licites dans certains
pays, sont fortement réprimés dans d'autres.
C'est dans cette mouvance que s'inscrivent les tentatives de lutte
contre la corruption engagées çà et là dans nos pays au lendemain des
indépendances.
Les résultats mitigés, voire les échecs enregistrés dans ce domaine,
ne sauraient être liés uniquement au manque de volonté politique. Nous
disons que pour l'essentiel, ils sont dus à l'absence totale de
participation des populations qui en sont les premières victimes. Il
ne pouvait d'ailleurs en être autrement si l'on sait que pendant
longtemps et même aujourd'hui il n'existe pas toujours dans nos pays
une société civile organisée et bien consciente des véritables enjeux
de la corruption.
Aujourd'hui, avec l'émergence des règles de bonne gouvernance et
l'évolution des mentalités, les réactions des populations face aux
atteintes répétées au devoir de probité commises par les dépositaires
de l'autorité publique et les titulaires de mandats électifs, se font
de plus en plus vives.
Refusant toute forme de résignation, les citoyens exigent de plus en
plus leur droit à l'information sur les affaires publiques.
Devant l'ampleur des crises politiques, économiques et sociales, la
corruption a créé au sein de l'opinion une crise d'éthique et de
confiance à telle enseigne qu'on assiste presque partout à une
méfiance à l'égard des politiques et de la chose politique.
Mesdames et Messieurs, voyez vous, plus de la moitié de nos
populations sont démunies, la baisse du pouvoir d'achat de nombreux
salariés a redonné une certaine agressivité aux propos sur
l'enrichissement illicite et les autres formes de délinquance
financière. Ces réactions sont d'autant plus fondées que le revenu est
illégal.
Face à un tel contexte fait d'échec des politiques économiques et
sociales, d'extrême pauvreté et d'exclusion sociale, il devient
impérieux d'envisager d'autres formes de lutte contre la corruption.
Aussi, l'analyse de la corruption à l'échelle internationale revêt-
elle une grande complexité du fait même que le phénomène corruptif
devient de plus en plus diversifié, ce qui rend à la fois nécessaires
une approche globale et un examen spécifique pour mieux cerner les
contours.
Les accords régionaux et internationaux conclus à travers l'OCDE, le
Conseil de l'Europe, l'Organisation des Etats américains, prouvent à
suffisance la nécessité de prendre en compte la législation pénale, le
volet fiscal, comptable et la coopération judiciaire transnationale.
Certes, il faut encore du temps pour que les Etats acceptent
d'harmoniser leurs législations de manière à s'aligner sur des repères
communs aux plans pénal et fiscal d'une part, et oeuvrer ensemble à la
prévention et la lutte contre la corruption, d'autre part.
Parmi les raisons qui encouragent à aller dans ce sens, nous en
citerons quelques unes :
- l'influence majeure de la corruption dans le dysfonctionnement des
services publics,
- l'émergence de la criminalité organisée dans les
activités du commerce régional et international,
- le risque croissant
de l'immixtion des corrupteurs et corrompus dans les procédures
d'affectation des fonds destinés au développement économique,
- l'existence de circuits mafieux de plus en plus performants dans le
blanchiment de l'argent obtenu au moyen de la corruption.
Aussi, face à la montée en puissance de la criminalité organisée et
le coût croissant de la corruption pour l'Etat et les entreprises, il
importe de nos jours de se doter d'instruments d'analyse adaptés pour
réfléchir à l'organisation et à la mise en oeuvre d'une véritable
stratégie comportant des dispositifs pénaux et civils de lutte contre
la corruption.
C'est pourquoi dans notre intervention, nous envisageons de vous entretenir sur 02
points qui nous paraissent essentiels à savoir :
- l'élaboration et la mise en oeuvre d'un dispositif pénal au plan
régional,
- la création d'une structure d'appui aux associations et
structures nationales de droit privé dont l'objectif est la lutte
contre la corruption.
Il est possible, nous l'avons vu, de combattre la corruption et les
autres formes de délinquance économique et financière par la mise en
place, sur le plan régional, d'un instrument juridique.
Il s'agit par conséquent d'élaborer une convention qui fournirait un
cadre de coopération juridique entre les autorités compétentes des
Etats concernés.
Un tel outil, permettrait non seulement de poser les jalons d'un
véritable espace judiciaire africain mais aussi de faire reprendre
l'avantage sur un terrain quasiment inexploré : l'adhésion effective
des populations.
I. DE L'ELABORATION ET LA MISE EN OEUVRE D'UN DISPOSITIF PENAL
Nous l'avons relevé plus haut, il est aujourd'hui indispensable pour
les pays africains de mettre en commun leurs efforts en vue de réussir
la lutte contre la corruption.
Dans nos pays, la lutte contre la corruption menée jusqu'ici s'est
faite de façon timide et a suffisamment atteint ses limites. Les
raisons en sont nombreuses et ont été évoquées supra.
Cependant, il est fort regrettable de remarquer que même à l'heure
actuelle on rencontre toujours des difficultés au niveau de nos Etats
au cours de l'exécution de certaines procédures judiciaires en matière
de corruption et délits connexes. Il s'agit généralement des problèmes
liés à l'exécution des commissions rogatoires, les procédures
d'extradition, la saisie des comptes bancaires et les autres formes de
saisie ou les mises sous séquestre, toute chose qui n'aurait pas dû
exister s'il y avait une véritable coopération régionale matérialisée
par une convention.
C'est dans cette optique que nous plaçons l'élaboration d'une
convention pénale de lutte contre la corruption, cet aspect à n'en pas
douter reste un des maillons essentiels de la chaine.
Dans cette convention les grands axes pourront s'articuler entre
autres autour de :
- la terminologie de la corruption et les autres formes de
délinquance économique et financière, d'autant plus que d'un pays à
l'autre, la corruption ne s'apprécie pas de la même manière. Dans ce
cadre, il serait hautement souhaitable que des actes repréhensibles
comme le blanchiment de l'argent obtenu au moyen de la corruption, la
prise illégale d'intérêts, les abus de biens sociaux soient retenus
comme infraction;
- le renversement de la charge de la preuve et surtout en cas
d'enrichissement illicite;
- la suspension des délais de prescription chaque fois que les
personnes poursuivies seraient en fuite;
- l'extension de la notion de corruption au financement illicite des
partis politiques et à la corruption des élus au niveau national et
local;
- l'instauration d'une forme de coopération internationale de manière
à créer des relations de partenariat avec les organismes
internationaux qui travaillent sur la corruption (Conseil de l'Europe,
Nations Unies, CNUCED, FMI, Banque Mondiale) et dont l'OCDE est le
coordinateur;
- l'acceptation de l'extradition des nationaux au moins dans l'espace
régional chaque fois que la convention ne s'y oppose pas.
- la confiscation et la restitution automatique des avoirs au pays
requérant (demandeur) en matière d'extradition.
S'agissant de la mise en oeuvre, nous pensons que le cadre le mieux
indiqué pour faire aboutir un tel instrument reste la Coalition
Mondiale pour l'Afrique qui a déjà établi une tradition avec tous les
pays africains décidés à lutter contre la corruption.
Pour ce faire, les représentants des 11 pays signataires de la
Déclaration sur la lutte contre la corruption sous les auspices de la
CMA, le 22 Février 1999, peuvent au cours de la prochaine réunion de
la CMA convenir de la constitution d'un groupe multidisciplinaire de
reflexion. Ce groupe aura en charge l'examen des mesures appropriées
susceptibles d'être incorporées dans un programme d'action régionale
contre la corruption. Dans cet ordre d'idées, le document élaboré par
le juge Warioba pourrait servir de données de base.
Il y a lieu de rappeler que dans nos pays l'exemple de réussite le
plus illustratif dans ce domaine reste l'Organisation pour
l'Harmonisation du droit des Affaires même si elle ne s'occupe que
d'un secteur qui n'est pas des moindres (Entreprises et sociétés) : à
savoir le droit des affaires.
II. CREATION D'UNE STRUCTURE REGIONALE D'APPUI AUX ASSOCIATIONS ET
ORGANISMES NATIONAUX DE DROIT PRIVE DONT L'OBJECTIF EST LA LUTTE
CONTRE LA CORRUPTION
Nous sommes d'accord aujourd'hui, que les decennies de gestion
autocratique ont éloigné dans nos pays les populations du contrôle du
pouvoir.
Cette situation, supplantant la morale rigoureuse de nos sociétés
traditionelles, a donné naissance à une éthique déviante qui accorde
peu d'intérêt au bien plublic.
La nouvelle ère démocratique qui est plus récente, vient de surcroît
se greffer sur d'autres défis sociologiques importants pouvant se
résumer à :
- l'émergence de nouvelles couches sociales ayant le monopole du
savoir et du pouvoir;
- l'inextricabilité des liens sociaux qui entravent dans une large
mesure toute riposte rigoureuse contre le gaspillage des ressources
publiques surtout s'il se manifeste sous la forme de redistribution à
l'endroit des populations.
Ces différents facteurs conjugés ont contribué à garantir l'impunité
qui, à son tour, a déclenché ce que les spécialistes appellent la «
spirale descendante » de la pauvreté.
Mesdames et Messieurs, face à un tel constat, il devient impérieux de
travailler à faire adhérer les populations à l'action salvatrice de la
lutte contre la corruption qui fait des mêmes populations les victimes
expiatoires.
Nous avons rappelé tantôt que l'une des causes essentielles de nos
échecs dans cette croisade est l'absence de toute forme d'organisation
de nos sociétés civiles. Dans la plupart de nos pays, elles sont, soit
émergentes, soit inexistantes : d'où la nécessité absolue de
travailler à les faire émerger ou à les faire évoluer.
C'est pourquoi, tirant les leçons des différentes stratégies de lutte
contre la corruption, nous pensions que la participation effective de
toutes les composantes de nos sociétés à la lutte contre la corruption
reste à nos yeux le défi le plus important à relever.
C'est dans cette perspective, que parallèlement à l'élaboration d'une
convention pénale de lutte contre la corruption, il faut aussi
envisager la création d'un observatoire régional de lutte contre la
corruption en tant que structure de coordination des associations
nationales engagées dans cette lutte.
Les missions essentielles d'une telle structure peuvent se résumer à
:
- la réintériorisation des valeurs perdues de manière à susciter
l'éveil de conscience sur l'intérêt de la bonne gouvernance;
- encourager et développer les relations de partenariat, d'une part
entre, les associations nationales elles-mêmes et, d'autre part entre
les associations nationales et les organismes internationaux;
- procéder à la formation et l'information du public sur l'impact de
la corruption sur le développement économique et social;
- susciter et encourager la création d'associations là où elles
n'existent pas;
- organiser des journées de convergence contre la corruption;
- établir une plateforme d'échange sur la corruption;
- diffuser et vulgariser les documents de Transparency International,
la CMA et l'OCDE;
- contribuer à la formation au journalisme d'investigation;
- valoriser la notion d'intégrité face à la corruption.
De telles réformes sont certes ambitieuses mais elles ont l'avantage
de contribuer au développement économique et social de notre
continent. Aussi pour qu'elles ne soient pas de vains mots, il faut
nécessairement une réelle volonté politique de nos Gouvernants appuyée
sur une véritable politique d'aide des pays développés, aux mieux des
intérêts de nos populations.
C'est assurément la meilleure démarche pour relever les nombreux
défis que nous vivons au quotidien.
Il s'agit là, Mesdames et Messieurs d'une piste de réflexion parmi
tant d'autres que je soumets à votre attention. Nous n'avons pas la
prétention d'avoir cerné tous les aspects de la question.
C'est juste une ébauche de solution qui mérite d'être approfondie.
Je vous remercie.
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